Tunisie – Réflexions Solidaires : ESS en Tunisie à la croisée des regards entre chercheur.euse.s et patricien.ne.s
Réflexions Solidaires : ESS en Tunisie à la croisée des regards entre chercheur.euse.s et patricien.ne.s

Le séminaire Réflexions Solidaires, organisé dans le cadre du projet Taghyir, s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer le dialogue entre chercheur.euse.s et acteur.rice.s de l’économie sociale et solidaire (ESS) en Tunisie et au Maghreb. Il part d’un constat partagé: si le monde académique produit des cadres théoriques et des analyses structurantes, il peine parfois à se relier aux réalités concrètes des territoires, tandis que les structures de l’ESS développent des pratiques ancrées et souvent innovantes, qui restent insuffisamment étudiées ou valorisées dans les champs scientifiques. Le séminaire a ainsi proposé de réfléchir aux conditions permettant une coopération plus systématique entre ces deux sphères, aux apports réciproques possibles et aux méthodes à adapter pour que la production de connaissances bénéficie à la fois à la recherche et à l’action.
La table ronde inaugurale, intitulée « Comment co-produire des savoirs en ESS par la recherche-action ? », a constitué un temps fort du séminaire. Elle visait à interroger concrètement la notion de coproduction des savoirs en ESS, à distinguer la recherche-action d’autres formes de collaboration telles que la simple consultation, et à identifier les leviers et freins pour que cette démarche soit réellement partagée. Les discussions ont mis en lumière la complémentarité des univers académiques et des acteurs de terrain. D’un côté, les chercheur.e.s disposent de méthodes rigoureuses et de cadres conceptuels clairs, mais rencontrent parfois des difficultés à relier ces analyses aux dynamiques locales. De l’autre, les structures de l’ESS connaissent finement les besoins et pratiques des territoires, mais manquent d’outils pour systématiser, documenter et valoriser leurs savoirs. La table ronde a permis de montrer que créer des passerelles entre ces mondes pouvait produire un savoir hybride, capable de faire progresser les projets ESS tout en apportant des innovations sociales adaptées aux réalités locales.

Le séminaire s’est poursuivi par des ateliers parallèles explorant différents aspects de l’ESS. Le premier atelier s’est concentré sur les modèles économiques et les pratiques de gestion des structures ESS, en questionnant la soutenabilité des organisations, les arbitrages entre activités marchandes, non marchandes, subventions et engagement communautaire, ainsi que les modes d’organisation interne conciliant efficacité et respect des valeurs de l’ESS. Le deuxième atelier a porté sur les savoirs et pratiques écologiques, en réfléchissant aux moyens de rendre accessibles aux structures ESS les connaissances scientifiques et à la manière dont les réalités du terrain peuvent nourrir et orienter la recherche académique. Enfin, le troisième atelier a exploré les dynamiques de coopération et de mutualisation entre structures de l’ESS, en examinant les conditions organisationnelles, culturelles et institutionnelles favorisant des partenariats efficaces et durables, ainsi que le rôle potentiel des universités dans l’accompagnement et la capitalisation de ces processus collectifs.
Les échanges ont révélé que la coproduction des savoirs ne consiste pas seulement à rapprocher théorie et pratique, mais également à créer des espaces de dialogue continus et structurés, où chercheur.euse.s et praticien.ne.s peuvent expérimenter, partager, capitaliser et adapter les outils et méthodes aux réalités locales. Ils ont également souligné l’importance de mobiliser une pluralité de disciplines afin de croiser ces regards avec les pratiques concrètes des acteurs de terrain.

Le séminaire Réflexions Solidaires a ainsi posé les bases d’un dialogue régulier entre le monde académique et les acteur.rice.s de l’ESS, en explorant des pistes de recherche-action, en identifiant des sujets d’intérêt commun et en questionnant les méthodes de collaboration possibles. L’initiative a permis de mieux comprendre comment la production de connaissances peut enrichir à la fois la réflexion académique et l’action concrète sur le terrain, ouvrant la voie à de futures collaborations et contribuant à un développement territorial inclusif et durable, ancré dans les valeurs de l’économie sociale et solidaire.

Responses