Aïn Draham, la ville des toits rouges : un patrimoine menacé, une identité à préserver
Aïn Draham, la ville des toits rouges : un patrimoine menacé, une identité à préserver
Dans le cadre du 35e Mois du Patrimoine en Tunisie, organisé du 18 avril au 18 mai 2026 sous le thème « Le patrimoine et l’art de l’architecture », le mécanisme territorial TAGHYIR d’Aïn Draham a soutenu une dynamique locale visant à valoriser l’architecture traditionnelle de la région comme patrimoine vivant, vecteur d’identité et ressource pour la résilience territoriale.
Un patrimoine unique en Tunisie
Au cœur des montagnes du Nord-Ouest tunisien, nichée entre les forêts de chênes-lièges et les sommets de la Kroumirie, Aïn Draham se distingue par un paysage urbain unique en Tunisie. Ses maisons en pierre, ses chalets de montagne, ses cheminées et surtout ses emblématiques toitures en tuiles rouges font partie intégrante de l’identité de la ville.
Pour les habitant·e·s comme pour les visiteur·euse·s, ces constructions représentent bien plus qu’un simple style architectural. Elles racontent l’histoire d’un territoire qui a appris, au fil des générations, à vivre en harmonie avec son environnement naturel.
Dans cette région, connue pour être l’une des plus pluvieuses de Tunisie et marquée par des hivers froids, humides et parfois enneigés, l’architecture traditionnelle est née d’une adaptation progressive aux réalités climatiques locales. Les matériaux utilisés, les formes des toitures, l’orientation des bâtiments et les techniques de construction répondaient à des besoins précis de protection contre le froid, la pluie et l’humidité.
Aujourd’hui encore, ces maisons témoignent d’un savoir-faire local remarquable et constituent un patrimoine architectural exceptionnel à l’échelle nationale.

Une identité architecturale sous pression
Cependant, cette identité bâtie fait face à de nouveaux défis.
Au cours des dernières décennies, l’évolution des modes de construction et l’introduction de modèles architecturaux standardisés ont progressivement transformé le paysage urbain d’Aïn Draham. Certaines nouvelles constructions s’éloignent des caractéristiques qui ont façonné l’identité de la ville pendant plusieurs générations.
Cette évolution soulève une question essentielle : comment préserver l’âme architecturale d’Aïn Draham tout en accompagnant le développement et la modernisation du territoire ?
Quand le patrimoine devient un sujet de dialogue territorial
C’est autour de cette réflexion que le mécanisme territorial TAGHYIR d’Aïn Draham a soutenu les Journées « Village Vivant – Patrimoine & Écologie », organisées dans le cadre du 35e Mois du Patrimoine.
Au-delà de la valorisation du patrimoine, l’objectif de cette initiative était de créer un espace de dialogue territorial autour des liens entre architecture, mémoire collective, changement climatique, identité locale et développement durable.
Cette dynamique a été portée par plusieurs acteurs du territoire. Le tiers-lieu AINNA Hub a joué un rôle central dans la conception et l’animation de l’événement en tant qu’espace d’innovation sociale, culturelle et citoyenne. Le Réseau Enfants de la Terre, partenaire de SHANTI, a contribué à enrichir les échanges autour du patrimoine vivant et de la transmission des savoirs. Le GDA El Barka, titulaire de droits du mécanisme TAGHYIR, a participé activement à la mobilisation communautaire et à l’ancrage local de l’initiative. Quant à l’Association AGIM (Association Générale des Insuffisants Moteurs – Ain draham), elle a permis de renforcer la dimension inclusive de l’événement à travers l’implication d’enfants en situation de handicap dans certaines activités de sensibilisation et de découverte du patrimoine.

Pendant trois jours, habitant·e·s, associations, jeunes, artisan·e·s, chercheur·euse·s, expert·e·s et acteurs culturels se sont réunis pour échanger sur la valeur du patrimoine architectural d’Aïn Draham et sur les moyens de le préserver.
Les discussions ont permis de rappeler que l’architecture traditionnelle ne représente pas uniquement un héritage du passé. Elle constitue également une source d’inspiration pour imaginer des formes d’habitat mieux adaptées aux réalités environnementales actuelles.

Transmettre les savoirs aux nouvelles générations
Les échanges ont également mis en lumière l’importance de transmettre cette mémoire architecturale aux jeunes générations et de renforcer la sensibilisation autour de la valeur du patrimoine local.
Cette volonté de transmission se retrouve dans plusieurs initiatives portées par des acteurs locaux. Parmi elles, le travail de Nawel Hizaoui, fondatrice de Fayha Academy, illustre la manière dont le patrimoine architectural continue d’inspirer la création contemporaine.
À travers des œuvres réalisées sur bois local, elle reproduit les maisons traditionnelles d’Aïn Draham et contribue à faire vivre cette mémoire sous une forme artistique accessible à tous.

Le patrimoine comme levier de résilience territoriale
Au-delà des conférences et des témoignages, cette initiative a permis de créer un véritable espace de rencontre entre les acteurs du territoire. Associations, structures culturelles, artisan·e·s, jeunes et citoyen·ne·s ont partagé une réflexion commune sur l’avenir d’Aïn Draham et sur les moyens de préserver ce qui fait sa singularité. Cette dynamique illustre pleinement l’approche du mécanisme territorial TAGHYIR.
Le patrimoine n’est pas considéré comme un simple héritage à conserver, mais comme une ressource vivante capable de renforcer la résilience du territoire, de stimuler la participation citoyenne et de favoriser l’émergence d’initiatives locales.
L’événement a également permis de renforcer l’ancrage territorial des titulaires de droits du mécanisme d’Aïn Draham en les impliquant directement dans l’organisation, l’animation et la valorisation d’une initiative collective portée par les acteurs du territoire. Cette dynamique a favorisé la création de nouveaux partenariats locaux, le renforcement des liens entre associations, structures culturelles, artisan·e·s et citoyen·ne·s, ainsi qu’une meilleure appropriation des enjeux liés au patrimoine et à l’identité locale.
En soutenant des initiatives portées localement par AINNA Hub, le GDA El Barka, l’Association AJIM et le Réseau Enfants de la Terre, TAGHYIR démontre que la préservation du patrimoine peut devenir un puissant levier de cohésion sociale, de mobilisation citoyenne et de résilience territoriale

Quelques résultats de l’initiative
- Mobilisation de plus de 200 participant·e·s sur l’ensemble des journées ;
- Implication active des titulaires de droits du mécanisme TAGHYIR ;
- Renforcement du partenariat entre AINNA Hub, GDA El Baraka, AJIM et Réseau Enfants de la Terre ;
- Sensibilisation des habitant·e·s aux enjeux de préservation du patrimoine architectural ;
- Valorisation du patrimoine comme levier d’identité territoriale et de résilience climatique.
Préserver ce patrimoine, c’est préserver une mémoire collective, des savoir-faire locaux et une identité territoriale qui continue aujourd’hui encore à façonner l’avenir de la région.
Dans un contexte marqué par les changements climatiques et les transformations rapides des territoires, cette architecture représente bien plus qu’un vestige du passé : elle constitue une source d’inspiration pour construire des communautés plus résilientes, plus durables et profondément ancrées dans leur histoire.
Aïn Draham demeure ainsi la ville des toits rouges, mais surtout le symbole d’un patrimoine vivant qui mérite d’être reconnu, valorisé et transmis aux générations futures.
Rédigé par Jalel Chabani – Coordinateur du Mécanisme Aïn Draham.
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